Le geste de tri : trois secondes pour le climat

29 juin 2015

CDC Climat Recherche publie une étude sur la contribution du recyclage des emballages ménagers à la lutte contre le changement climatique. Chaque année, 3 millions de tonnes recyclées permettent d’éviter 2 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

A six mois de la 21ème Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP21), CDC Climat Recherche publie une étude « Le recyclage des déchets et la lutte contre le changement climatique : cas d’étude des emballages ménagers », co-écrite par Vivian Dépoues et Cécile Bordier, qui souligne l’efficacité du modèle de tri et du recyclage français dans la lutte contre les émissions de CO2, représentant « un effort d’atténuation du changement climatique à coût moindre pour les finances publiques ». Le rapport énonce également les progrès à réaliser en matière de prévention, d’optimisation de la collecte sélective et de recyclage des emballages en plastique.

La prévention et le recyclage : deux leviers clés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux déchets

Si la réduction à la source des déchets est le premier levier de diminution des gaz à effet de serre (GES), via l’écoconception des produits ou via les choix de consommation privilégiant les produits les moins générateurs de déchets, le recyclage est le deuxième moteur des réductions d’émissions dans ce secteur.

Le recyclage permet en effet d’une part d’éviter l’utilisation de matière vierge et donc de ressources naturelles nécessaires à la production, et d’autre part de détourner un flux de déchets de la mise en décharge et de l’incinération, génératrices de GES. Tous déchets confondus, le recyclage permettrait ainsi d’éviter en France l’émission de 19 Mt de GES par an (source ADEME 2014).

La Responsabilité élargie du producteur (REP) : un financement innovant et une solution efficace qui pèse peu sur les finances publiques

En ayant structuré depuis plus de 20 ans un dispositif efficace de l’amont à l’aval pour le tri et le recyclage des emballages ménagers en France, la REP Emballages Ménagers contribue de façon non négligeable à la réduction des émissions de GES. En transférant la responsabilité financière de la gestion de la fin de vie d’un produit aux industriels, le système mis en place avec la REP permet de rémunérer et d’accompagner les démarches de prévention et de recyclabilité des emballages.

Chaque année, sur les 5 millions de tonnes d’emballages mises sur le marché, 3,2 millions de tonnes sont ainsi recyclées, permettant d’éviter l’émission de 2,1 millions de tonnes d’émissions de GES par an, l’équivalent de plus d’un million de voitures en circulation en moins pendant un an. 93% de ces émissions évitées proviennent de l’utilisation de la matière recyclée en substitution de la matière vierge.

Avec le principe de la REP, les dépenses liées à la collecte sélective et au recyclage sont en grande partie supportées par les entreprises qui mettent sur le marché les emballages ménagers. 6 milliards d’euros de contributions ont ainsi été re versés par les industriels entre 1992 et 2012 aux collectivités pour leur permettre d’organiser le tri et le recyclage sur leur territoire. Ce financement permet de mettre à disposition des industriels du recyclage une matière triée et de qualité, compétitive par rapport aux matières premières dites « vierges ».

La REP apparaît donc comme un levier à moindre coût pour les finances publiques, bénéfique dans la lutte contre le changement climatique.

Pierre Ducret, Conseiller spécial pour la COP 21 auprès du directeur général de la Caisse des Dépôts souligne que « la REP a été créée avec un objectif de développement du recyclage pour une meilleure gestion des déchets, mais offre également le bénéfice de contribuer à lutte contre le changement climatique. Cette logique est la bonne : il faut que les politiques environnementales intègrent un volet climat qui soit aligné avec un objectif national de réduction d’émissions ».

Prévention, optimisation, recyclage des plastiques : les priorités pour réduire les émissions

Selon le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC), 670 Mt de GES pourraient encore être évitées grâce à une meilleure gestion des déchets ménagers dans le monde. Trois pistes d’amélioration sont évoquées : augmenter la prévention, renforcer la collecte et le geste de tri, et développer le recyclage des emballages plastiques.

La réduction à la source est la manière la plus directe pour éviter l’extraction et la mise en circulation de nouvelles matières et la génération de déchets. Il est donc nécessaire de poursuivre les efforts en matière de prévention, notamment en poussant les travaux d’éco-conception, qui ont déjà permis d’atteindre une réduction de 100 000 tonnes d’emballages ménagers entre 2007 et 2012.

Le second levier repose sur le développement du geste de tri et l’optimisation de la collecte sélective, pour augmenter le taux de recyclage. Eco-Emballages a lancé un plan d’amélioration de la collecte en novembre 2014 pour aider les collectivités qui affichent les performances les plus faibles à mettre en place des dispositifs d’apport volontaire efficaces et repenser le service aux usagers.

Le recyclage des emballages en plastique représente le 3ème levier de réduction des émissions. La réorganisation du parc national de centres de tri et la structuration de nouveaux débouchés pour les matériaux triés apparaissent comme autant de pistes pour doubler le taux de recyclage des emballages plastiques.

« Cette étude confirme que le tri est une solution efficace pour lutter contre le réchauffement climatique. Le geste de tri c’est 3 secondes pour préserver nos ressources naturelles, créer des comportements citoyens et créer de l’emploi », affirme Eric Brac de la Perrière, directeur général d’Eco-Emballages.

Lire l'étude sur le site de CDC Climat