Tri des DASRI perforants des patients en auto-traitement : un enjeu de santé publique

3 janvier 2017

S’ils arrivent jusqu’aux tapis de tri, les DASRI perforants représentent un risque pour les personnels de collecte et de tri des emballages ménagers. Depuis 2013, une filière dédiée animée par l’éco-organisme DASTRI, a pour mission d’assurer la collecte et le traitement de ces déchets. Quel bilan aujourd’hui ?

1,4 million de patients dit « en auto-traitement » -parce qu’ils se soignent eux-mêmes, sans l’intervention d’un professionnel de santé (médecin, infirmière…)- génèrent, après administration de leur traitement, des déchets d’activité de soins à risques infectieux (DASRI) piquants, coupants, tranchants, tels que seringues ou aiguilles usagées.

 

Eviter les blessures que peuvent provoquer les déchets perforants des patients

Prenons le cas des patients diabétiques, l’une des 21 catégories de patients concernés et la plus importante au regard des tonnages de DASRI générés. Chaque mesure de la glycémie, chaque injection d’insuline génèrent des déchets perforants. Si ces DASRI sont déposés dans le bac de tri, le risque qu’ils provoquent des blessures, notamment aux personnels de collecte et de tri, est réel. Blessures d’autant plus traumatisantes qu’elles vont nécessiter un lourd protocole de surveillance pendant plusieurs mois.

 

La filière REP DASRI : comment ça marche ?

Pour répondre à cet enjeu de santé publique, la filière DASTRI a mis en place un système sécurisé, facile d’accès et gratuit pour les patients.

  • Le patient se procure gratuitement une boîte à aiguilles DASTRI (BAA) dans l’une des 22 000 pharmacies du territoire. Toutes les pharmacies de métropole et d’outre-mer ont l’obligation de fournir ces boîtes jaunes à couvercle vert sur présentation de l’ordonnance.
  • Le patient stocke ses déchets perforants dans sa BAA. Une fois la boîte remplie, il actionne la fermeture définitive et dépose la boîte dans un point de collecte (PDC). Les pharmacies peuvent décider d’être point de collecte sur la base du volontariat. Aujourd’hui 14 577 pharmacies (soit les 2/3 des pharmacies) rendent ce service aux patients. Mais le réseau DASTRI intègre également plus de 1 100 déchetteries, des laboratoires de biologie médicale, des locaux associatifs…

Les DASRI rapportés par les patients sont ensuite collectés et traités par l’éco-organisme.

La filière prend uniquement en charge les DASRI perforants des patients en auto-traitement. Les professionnels de santé doivent pourvoir à l’élimination de leurs DASRI en contractant avec un opérateur.

 

Patients en auto-traitement : que faire de vos déchets de soins perforants ?

 

76 % (1) des DASRI des patients sont triés, collectés et traités

Quatre ans après son démarrage, le dispositif capte environ les ¾ du gisement estimé. C’est un résultat appréciable. Mais, vu la nature de l’enjeu, un résultat qui doit encore progresser. C’est également une moyenne à l’échelle nationale. Ce qui signifie que dans certains territoires le résultat est supérieur, mais qu’il est moins bon dans d’autres. En Ile-de-France, par exemple, le taux de collecte est de 52 % en moyenne régionale. Et de seulement 27 % en Seine-Saint-Denis. Au total, une quinzaine de départements sont aujourd’hui considérés comme prioritaires par DASTRI :

  • tous les départements d’Ile-de France à l’exception des Yvelines et de la Seine-et-Marne ;
  • le Var et les Alpes-Maritimes en Région PACA ;
  • la Haute-Corse et la Corse-du-Sud ;
  • parmi les DOM-COM : Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Martin.

Selon l’enquête sur les accidents en centres de tri, réalisée au printemps 2016, certains de ces départements font état d’une fréquence d’accidents supérieure à la moyenne nationale.

 

Poursuivre l’éducation au geste de tri

L’enquête Patients IFOP DASTRI, réalisée chaque année depuis 2014, montre -sur la base du déclaratif- que 29 % (2) des interviewés ne respectent pas encore le bon « protocole », ce qui recouvre d’ailleurs trois comportements possibles :

  • le patient jette ses perforants en vrac avec ses ordures ménagères ;
  • le patient jette le contenant dédié, dans lequel il a stocké ses DASRI, dans la poubelle des ordures ménagères ;
  • le patient jette ce contenant dans la poubelle consacrée au tri sélectif. Un comportement particulièrement dangereux en termes de santé publique car, après avoir percé les boîtes lors du compactage des recyclables, les aiguilles peuvent blesser les personnels qui travaillent sur les tapis de tri.

 

La sensibilisation des patients, responsabilité partagée des parties prenantes de la filière

Pour adopter un comportement sécurisé de bout en bout, le patient doit donc être éduqué au geste de tri spécifique aux DASRI et convaincu de son bien-fondé. Cette démarche d’information et de conviction fait partie des missions de l’éco-organisme. Les autres parties prenantes doivent aussi contribuer à la sensibilisation des patients et de leur entourage. Les pharmaciens y prennent largement leur part -l’enquête annuelle Pharmaciens IFOP DASTRI le démontre- en remettant au patient les boîtes à aiguilles et en les renseignant sur les points de collecte. Les associations de patients y contribuent, notamment la FFD (3). Les collectivités locales peuvent également jouer un rôle important dans cette démarche de sensibilisation, les thématiques santé mais aussi déchets étant largement abordées dans leur communication.

C’est grâce à cette implication collective que le « 0 accident » peut devenir un jour un objectif réaliste !

 

(1) Résultats 9 mois 2016

(2) 3ème enquête IFOP réalisée en septembre 2016 auprès d’un échantillon de 1 793 patients en auto-traitement dont 974 patients affiliés à la Fédération Française des Diabétiques

(3) Fédération Française des Diabétiques.