30/01/12
Construit sur une base militaire désaffectée, le quartier Vauban, près de Fribourg en Allemagne, est devenu la vitrine européenne des éco quartiers. Entre maisons passives et positives, toits végétalisés et solaires, ce quartier de 5.500 habitants concentre d’innombrables innovations écologiques. Pensé par les résidents comme un "quartier des courtes distances", Vauban a progressivement réduit l’empreinte de l’automobile pour laisser la rue aux enfants.
Les façades en bois non traité se succèdent. Certaines sont bleues, d’autres marrons, blanches, jaunes ou rouges. La végétation est partout : dans la rue, au pied des immeubles, le long des murs, sur les balcons et jusqu’aux toits-terrasses, qu’elle partage avec les panneaux photovoltaïques. Au milieu de la rue libérée des voitures, on devine les contours d’une marelle. Des jardins publics alternent avec les zones bâties. En fond sonore, les sonnettes de bicyclette et le roulement du tram. Il y a tout juste vingt ans, ce site constituait une vaste friche militaire. Aujourd’hui, il est devenu la vitrine européenne des éco quartiers. Nous sommes dans le quartier Vauban, à trois kilomètres du centre-ville de Fribourg-en-Brisgau, dans l’une des régions les plus ensoleillées d’Allemagne.
En 1994, la Ville lance un concours d’architectes. Les membres du Forum Vauban (association créée à l’initiative des premiers occupants du site) se répartissent en groupes de travail et planchent sur l’énergie, les transports, la mobilité, l’architecture, la participation. Ils dessinent des plans, invitent des experts du monde entier, partent le week-end découvrir d’autres initiatives. Le résultat de ces cinq années de bouillonnement d’idées ? 400 pages de propositions, "dont la moitié seront retenues et mises en pratique", précise Andreas, qui vit dans ce quartier depuis 10 ans. Un recensement des peuplements forestiers a été effectué pour conserver les vieux arbres et les biotopes le long du ruisseau. Encore aujourd’hui, la végétation luxuriante témoigne du fort niveau de participation des habitants dans l’autogestion des espaces verts.
Des Baugruppen, ou "communautés de construction", sont alors initiés par des personnes désireuses de construire leur logement sans passer par un promoteur. Elles se regroupent afin de définir l’organisation de leur îlot ou de leur immeuble, avant de transmettre leur projet à un maître d’œuvre. "Les Baugruppen créent des relations de voisinage avant que l’habitat ne soit construit", explique Andreas. Ils permettent de réduire les coûts de construction par des économies d’échelle, et donnent la possibilité de mettre en commun des équipements comme l’approvisionnement en énergie solaire ou les jardins. Au total, plus de cinquante Baugruppen ont vu le jour à Vauban. L’objectif est clair : construire un bâtiment collectif peu onéreux et optimisé sur le plan énergétique à partir des principes de la "maison passive".
Une maison passive consomme moins de 15 kwh/m2/an – contre 250 kwh/m2/an en moyenne dans les logements conventionnels – et n’a pas de chauffage central permanent. "Le soleil, l’isolation doivent suffire pour maintenir la température dans la maison à un niveau confortable pendant l’hiver, soit 19°C environ", précise Andreas.
D’autres maisons sont même "positives", c’est-à-dire qu’elles produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment, réinjectant l’excédent dans le réseau de distribution public. Elles sont regroupées dans le "lotissement solaire", 59 maisons avec un toit entièrement constitué de modules photovoltaïques.
La gestion de l’eau de pluie n’a pas non plus été négligée : la chaussée est aménagée pour permettre l’infiltration des eaux de pluie directement dans les sols. Des fossés de rétention et des toitures végétalisées retiennent le surplus le temps de leur réabsorption dans le site. Collectée dans des citernes, l’eau de pluie peut être aussi utilisée pour le lave-linge, les toilettes ou l’arrosage des jardins.
La place de la voiture dans le quartier a constitué le sujet central des débats. Vauban a été pensé comme un "quartier des courtes distances", où les habitants peuvent facilement aller à pied ou en vélo dans les magasins, les jardins d’enfants, les écoles, les parcs, les crèches... Le Forum Vauban a même proposé que la voiture soit totalement absente des voies secondaires. "Concrètement, explique Andreas, il est interdit de construire des places de parking sur les parcelles, et les voitures ne sont tolérées devant les maisons que le temps des chargements et déchargements". La présence de plusieurs voitures garées devant les immeubles montre un certain laxisme à l’égard de cette règle. Mais de façon générale, toutes les voitures sont garées dans deux grands garages solaires de 900 m2, qui permettent d’économiser jusqu’à 20 % de l’espace total du quartier. Chaque logement peut s’y procurer une place de parking. La vitesse est limitée à 30 km/h sur la voie principale quand dans les ruelles, cette limite tombe à 5 km/h. "Ici, c’est le paradis des enfants, confie une habitante. La rue constitue un environnement extérieur sûr où les enfants peuvent jouer sans crainte". Et cela tombe bien : la population du quartier est constituée d’au moins 30 % d’enfants ! Les habitudes se sont transformées, les gens font leurs courses à vélo avec une remorque, prennent le tramway ou le bus pour rallier le centre de Fribourg, ou ont éventuellement recours à un service d’auto-partage de véhicule. La moitié des ménages habitant Fribourg ne possède pas de voiture.
Le quartier pèche cependant par son manque de mixité sociale. "Ce ne sont malheureusement jamais les pauvres qui construisent ou les retraités qui obtiennent des prêts", regrette Andreas. La plupart des 5.500 habitants du quartier est d’origine allemande, a entre 30 et 50 ans, est issue de la classe moyenne avec enfants, et 80 % sont propriétaires de leur logement. Le faible nombre de logements de 1 ou 2 pièces réduit le nombre de célibataires.
"Nous sommes conscients que le quartier Vauban est imparfait et que l’on peut faire mieux, reconnaît Andreas. Mais l’on constate aussi que les gens vivent bien et renouent avec le vivre-ensemble". Signe manifeste de ce bien-vivre, peu d’habitants ont vendu leur appartement depuis le lancement du projet. Trouver le juste équilibre entre épanouissement individuel et plein engagement dans un projet collectif est le pari gagné par le quartier Vauban.
Sources : www.bastamag.net